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Séminaire LCP

Comment la réception peut influencer nos pratiques

Vendredi 6 mars 2015 | 14.00 - 17.00

Nombre de places limité, merci de vous inscrire à : communication.politique@cnrs.fr

 

INTERVENANTS ET RÉSUMÉS

- « Join the Fandom » : proposition de typologie des activités de fans
Mélanie Bourdaa, MCF Université Bordeaux Montaigne, Laboratoire MICA

Longtemps positionnés à la marge, les fans sont désormais replacés au centre des études de réception, principalement grâce à leur (ré)appropriation des nouvelles technologies qu’ils détournent parfois. Comme le résume Henry Jenkins, « les fans de médias sont des consommateurs qui produisent, des lecteurs qui écrivent, des spectateurs qui participent ». [1] Les fans ont des activités dans une communauté virtuelle et « les pratiques d’une communauté (de fans) transpirent dans la culture de masse ; les changements dans les technologies qui ont attrait aux produits culturels ont rendu encore plus poreuse les frontières entre les pratiques de la culture fan ». [2]

Cette communication se propose de revenir tout d’abord sur la notion de fan, sous l’angle des Cultural Studies et des Fan Studies initiées par Henry Jenkins. Nous détaillerons les théories anglo-saxonnes et proposerons un panorama des recherches françaises sur cette thématique. Ensuite, nous verrons que les fans ont des activités particulières qui témoignent de leur engagement intellectuel et émotionnel et qui participent d’une réception active et collaborative. Pour mettre en évidence ce phénomène et mieux saisir les enjeux du rôle des fans dans les pratiques de réception, nous proposons une typologie des activités de fans. Cette typologie se décline en cinq volets : les activités de création, les activité de médiation, les activité d’intelligence collective, les activités de création du lien social et les activités d’engagement civique. Grâce à des analyses de communautés de fans de séries télévisées américaines (à travers des blogs, des comptes twitter, des tumblr), nous chercherons à saisir les nouvelles pratiques de réception des fans et l’importance de l’appartenance à une communauté de partage.

-  50 nuances de Grey, du roman à l’adaptation cinématographique : pratiques et réception
Magali Bigey, LLC-ELLIADD, Université de Franche-Comté / Irisso-LCP
Stéphane Laurent, chercheur associé ELLIADD, Université de Franche-Comté

La sortie de la trilogie 50 Nuances de Grey a été en France, comme dans le monde, un réel succès commercial, qui a vu son lot de produits dérivés, accompagnant les millions d’exemplaires vendus. Trois tomes pour 1500 pages tout au long desquelles on retrace l’histoire d’amour tumultueuse d’une jeune étudiante inexpérimentée avec un millionnaire qui va l’amener à des pratiques sexuelles BDSM. Si l’intrigue de la fabula rappelle en de nombreux points les romans sentimentaux sériels, l’inattendu réside dans les passages très explicites qui jalonnent les pages. Alors que certaines lectrices étaient parfois gênées d’arborer une couverture de roman sentimental de type sériel dans les transports en commun, les couvertures de 50 Nuances de Grey reconnaissables et reconnues par tous ne gênent personne, au contraire, elles deviennent un signe d’appartenance.

Notre intérêt pour le phénomène a commencé avec le nombre exponentiel de lectrices que nous croisions, puis nous nous sommes intéressés aux pratiques liées à ce genre « nouveau ». Rapidement, nous avons dégagé des pratiques de fans puis avons interrogé des lectrices pendant une période d’un an et demi. Une première enquête, de septembre 2013 à février 2014, nous a renseignés sur les types de lectorats, mais aussi sur les usages liés à cette lecture, qui, bien plus qu’une lecture-loisir, a engendré chez certaines lectrice une modification profonde de leur mode de vie, totalement en lien avec la réception des romans. Une seconde enquête « Un an après », a réinterrogé les lectrices de ce premier panel quant à leurs pratiques, dans une analyse contrastive ponctuelle et sur le long terme. Nous avons cherché à cerner si les pratiques liées à la réception de la trilogie ont perduré dans le temps. Enfin, la troisième partie de l’enquête a eu lieu en février 2015, pour la sortie de l’adaptation cinématographique. Dans cette dernière, nous avons recueilli les avis de fans et de non fans, pour interroger leurs motivations mais aussi dans l’optique d’approfondir l’étude de réception. Nous avons tenté de dégager des énonciations évaluatives de spectateurs cinéphiles, et par contraste, de spectateurs qui ne le sont pas habituellement. Le questionnement qualitatif a été à la base de cette dernière phase, pour aborder la figure et la diversité du / des publics. Nous avons également essayé de saisir la portée de ce que cela peut impliquer dans la vie quotidienne des fans, en matière de modification des pratiques ou de sociologie des usages, et comment ce moment d’appropriation de l’œuvre a une incidence ou non dans leurs échanges sociaux. Enfin, nous avons abordé l’argumentation esthétique du film. Nous avons élargi notre panel de départ, essentiellement constitué d’afficionados, à des personnes qui n’ont pas forcément lu, ou aimé le roman.

C’est cette enquête, dans son intégralité, que nous proposons dans le cadre de ce séminaire, peut-être pour éclairer partiellement les clés d’un succès, mais surtout pour mesurer l’impact d’un roman qui a été vendu à près de 100 millions d’exemplaires, alliant les comportements les plus divers en matière de pratiques.

 

LIEU

Institut Pratique du Journalisme de Paris Dauphine
24 rue Saint Georges - dernier étage
75009 Paris

Métro : Le Pelletier (ligne 7) | Notre Dame de Lorette (ligne 12)
Bus : 26, 32, 43, 67 ou 74

 


[1] Jenkins H., « La filk et la construction sociale de la communauté des fans de science-fiction », in Glévarec, Macé, Maigret, Cultural Studies. Anthologie, Armand Colin / INA, Paris, 2008, pp. 212-222

[2] Postigo H., « Video Game appropriation through modifications », in Convergence : The International Journal of Research into New Media Technologies, 14, n°1, 2008, p. 71