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Le projet

L’émergence des biotechnologies dans les années 1970-1980 avait engendré de multiples affaires et débats publics, dont un des enjeux résidait dans les outils de contrôle et de régulation des nouveaux marchés créés par la brevetabilité du vivant. Une telle configuration sociopolitique peut-elle se reproduire à l’identique avec les nanotechnologies du fait du nouveau rapport qu’elles entretiennent aux sciences du vivant ? Ce projet tente d’examiner systématiquement les problèmes posés aux frontières de la science par les promesses et leurs critiques, en plaçant au cœur des analyses les relations entre les nanotechnologies et les mutations de l’homme.

Les raisons qui conduisent à se concentrer sur ces relations sont les suivantes :

  • les dossiers associés aux biosciences ont été assez peu représentés dans la sociologie contemporaine, en partie parce qu’ils restaient difficilement assimilables en dehors de l’entrée par les « représentations ». Comme pour les représentations populaires des « monstres » ou des « mutants » engendrés par la radioactivité pendant les années 1950 à 1970, les sciences sociales ont eu tendance à traiter la référence aux prodiges ou aux désordres du futur comme des représentations faussées par la méconnaissance des sciences et des techniques, ou par la peur de l’émergence de bio-techno-pouvoirs associés aux anti-utopies de type orwellien. Or, on voit toute une série d’acteurs se saisir des ouvertures d’avenir créées par les nanotechnologies et il est difficile de leur retirer a priori les capacités critiques et réflexives que l’on accorde à d’autres acteurs.
  • Comment les limites de l’humanité sont-elles redéfinies par les débats autour des nanotechnologies ? Comme on l’a vu avec les attentes suscitées par les thérapies géniques, le « désir » des personnes et des groupes sont fortement engagés par la question d’une possible « mutation de l’homme ». Cette question a par définition une extension universelle et elle mobilise des figures très générales de l’expérience et du jugement, ce qui permet de faire des hypothèses sur les compétences argumentatives et critiques des acteurs. L’impossibilité de se dégager de l’horizon normatif des débats (au sens habermassien) pour adopter une position de spectateur impartial contemplant des processus objectifs crée une contrainte d’auto-référence que l’on ne rencontre pas dans des dossiers où ce sont des corps étrangers (micro-organismes, forces naturelles) ou des objets détachables des personnes (objets techniques, produits de consommation) qui font l’objet d’alertes ou de mises en cause. Peut-on définir la notion d’ « humanité » sans le point de vue de ceux qui se considèrent comme des « êtres humains » à part entière tout en étant disposés à modifier leur « support somatique » traité comme dissociable ou interchangeable ? S’opposer à un enrichissement ou à une adaptation du « matériau humain » suppose de fixer une identité humaine, ce qui expose à des apories, constamment rappelées dans les débats bioéthiques.
  • Même lorsqu’il s’agit de réelles expériences en laboratoire ou d’interventions physiques sur les corps, c’est dans la langue et à travers les discours qu’opèrent les annonces et les visions du futur concernant les mutations de l’homme. L’entrée par les marques et modalités argumentatives permet de repérer les « principes de réalité » sur lesquels se fondent les acteurs pour évaluer les différentes conjectures. Comme cela a été fait pour les débats sur les pseudo-sciences, sur les nanotechnologies, ou encore sur la consommation de substances destinées à accroître les performances, l’attention aux modalités argumentatives sur lesquelles reposent les visions du futur et le type d’anticipation ou de prévision que s’autorisent à produire les acteurs, permet de prendre au sérieux l’ensemble des positions possibles sans privilégier une interprétation au détriment d’une autre.
  • La ligne de partage entre épreuves de réalité et jeux littéraires ou performances artistiques est ici particulièrement poreuse. D’un côté les annonces scientifiques sont utilisées par les auteurs de SF et de littérature d’anticipation ; de l’autre, les scientifiques et leurs publics ont de plus en plus recours à des jeux de langage qui s’inspirent de la science-fiction, notamment dans l’élaboration argumentative des dangers et des risques. Ainsi le groupe ETC qui intervient très tôt sur le dossier des nanotechnologies reformule le risque de la « gelée grise », qui est jugé non crédible, en risque de « gelée verte » qui renvoie à l’idée de dissémination comme dans le cas des OGM qui sert de modèle ou de précédent.

 

Ce projet de recherche propose de reconstruire et d’analyser, sous forme de corpus de textes informatisés, les modes d’expression des figures de la mutation de l’homme, en les prenant au sérieux, c’est-à-dire en cherchant à décrire les contraintes narratives et argumentatives qui pèsent sur leurs auteurs. Quel type de limite ou de portée leur confère la reprise dans des arènes de discussion ou de débat public mobilisant toutes sortes d’acteurs ? Comme la sociologie des sciences qui appréhende conjointement ce qui est qualifié de « sciences » et de « pseudo-sciences », ou l’anthropologie culturelle qui traite aussi bien les créatures tangibles que les êtres qualifiés de « surnaturels » ou d’ « imaginaires », il se donne pour programme de regarder la manière dont de multiples acteurs élaborent les partages entre le réel et la fiction, la science et la science-fiction, l’anticipation rationnelle et la prophétie, le possible, le probable et l’impossible, la raison et l’affabulation. Dans quelles configurations émergent des « figures intermédiaires », comme lorsqu’il est fait appel à des notions comme l’ « adaptation », la « variation » ou l’« expérimentation », qui aménagent les hypothèses déterministes en reconnaissant une pluralité de voies possibles ?